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Derrière les paillettes du Super Bowl se cache l’histoire tragique de joueurs sacrifiés sur l’autel du sport business. Jusqu’au bout, la NFL a tenté par tous les moyens de dissimuler le scandale. Comment une poignée d’hommes a fait plier une ligue qui affiche un chiffre d’affaires de dix milliards de dollars.

La date du 28 septembre 2002 a davantage marqué le football américain que n’importe quelle finale de Super Bowl, mais elle ne figure sur aucune fiche technique d’ESPN. Elle correspond à l’arrivée du corps de Mike Webster, ancien centre des Steelers de 50 ans, à la morgue de Pittsburgh. C’est un samedi. Les infirmiers annoncent la nouvelle au légiste de garde, le docteur Bennett Omalu, comme s’il était question d’autopsier le président des États-Unis. Interdit, le petit homme hausse les sourcils : « C’est qui, Mike Webster ? »

Cette rencontre posthume entre deux hommes que tout oppose va changer la face du football américain. Pour la première fois, un joueur pro est diagnostiqué avec le CTE, une maladie du cerveau qui s’attaque aux vétérans du football américain. Ironie de l’histoire : Bennett Omalu, Nigérian d’origine, est probablement le seul être humain à ne pas connaître Mike Webster dans un rayon de 100 kilomètres. Webster était une légende à Pittsburgh. Une ville industrielle plombée par les licenciements massifs durant la décennie 74-85 qui le porta au pinacle avec quatre trophées Lombardi soulevés entre 1974 et 1979.

Élevé par un père alcoolique dans le Wisconsin, Mike Webster choisira le football américain pour échapper aux coups de ceinture et ne vivra qu’à travers lui. Plus petit que la moyenne, il est drafté par les Steelers à une médiocre cinquième place. Il compensera par une agressivité et une force de travail hors-norme – et la prise de stéroïdes anabolisants, comme beaucoup de joueurs de l’époque – pour s’imposer comme l’un des tous meilleurs centres de l’histoire du sport. « Il frappe comme Rocky Marciano », dira son coach Dick Haley.

La technique de ce géant blond : foncer casque en avant, comme un bélier, pour atteindre son opposant sous le menton. Ses adversaires étaient souvent plus gros, plus lourds, mais c’est Iron Mike qui gagnait les duels. Webster disputera dix-sept saisons au plus haut niveau et au cours des six les plus flamboyantes, il ne manquera pas un seul match à son poste de commandeur de l’animation offensive. La peur de cirer le banc, l’angoisse de subir le couperet du licenciement comme 30 000 ouvriers de sa ville, le hantera toute sa carrière. Elle jouera un rôle moteur, à l’épreuve de la douleur la plus atroce. Les habitants de Pittsburgh s’identifiaient à Webster parce qu’il était le plus dur sur le terrain, comme eux voulaient l’être dans la vie ; à sa retraite, en 1990, il fut décrété qu’aucun Steeler ne porterait plus jamais le numéro 52.

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