La France a-t-elle une chance de remporter sa Coupe du Monde Féminine ?

Alors que les Françaises ont récemment infligé une cuisante défaite à l’Uruguay 6-0 début mars, la question de leur place de favorites pour la Coupe du Monde qui se tiendra dans moins de 100 jours n’est plus que jamais dans les pensées de tous leurs supporters. Les tricolores ont-elles véritablement une chance de remporter la Coupe du Monde de football féminin organisé dans l’hexagone du 7 juin au 7 juillet 2019, alors que de la bouche-même de leur entraîneuse, Corinne Diacre, « la France n’est absolument pas favorite » ?

La montée en puissance du football féminin tricolore est récente

Il faut le rappeler : les Françaises n’ont jamais eu bonne fortune et grande gloire dans les 7 éditions de Coupe du monde qui se sont déroulées depuis 1991, depuis qu’elles sont officiellement reconnues par la Fifa. Seuls quatre pays se partagent les 7 étoiles : les Etats-Unis en ont 3, l’Allemagne 2, la Norvège et le Japon 1.
Pourtant, un nouveau vent semble souffler sur le football féminin, à l’instar de son pendant masculin. Quatrièmes de la Coupe du Monde en 2011, les Françaises ont surtout réussi à se hisser à la 3e place de la FIFA. Depuis l’ère Corinne Diacre, elles ont enchaîné les victoires : sur les 7 matchs internationaux joués depuis septembre 2018, elles en ont remporté 6, et n’ont perdu qu’un match sur les 12 dernières rencontres !

Les autres équipes craignent la France

Les adversaires de la formation tricolore pendant les phases de poule sont désormais connus : Corée du Sud, Norvège, Nigéria. Ces équipes peuvent s’avérer dangereuses, en particulier la Norvège, 13e au classement Fifa, qui a réalisé d’excellentes phases de qualifications en devançant les Pays-Bas, et a déjà remporté le mondial une fois. Mais elle joue sans sa favorite, Aga Hegerberg, ballon d’or 2018. Pour le sélectionneur Martin Sjögren, « la France sera évidemment favorite ». A surveiller également la Corée du Sud. Le Nigéria ne semblera pas être une menace sérieuse (battu 8-0 en 2018 par l’équipe française).

La France n’est pas la seule favorite du mondial

Si Corinne Diacre peut trouver de larges ressources pour former une sélection porteuse d’espoir, les autres équipes peuvent compter sur de sacrés atouts.
Les Américaines d’abord, championnes du monde en titre, premières au classement Fifa, sont clairement positionnées en pôle position. Leurs joueuses stars (Morgan, Rapinoe, Ertz, Horan) peuvent espérer mener leur formation à une 4e victoire. Mais les Françaises les ont sèchement battues 3-1 au début de l’année, une victoire qui a assis leur notoriété !
Les Allemandes ensuite, qui ont infligé, par leur réalisme, leur défense solide et leur physique robuste, la seule défaite des Françaises en 7 matchs internationaux cette saison, 1-0 le 28 février 2019. Elles avaient notamment sorti la France en 2015, en quart de finale, après un départage aux tirs aux buts. Championnes olympiques en 2016, elles ont également des joueuses stars dont Marozsan qui évolue à l’OL.
Viennent ensuite les Japonaises (victorieuses en 2011, finalistes en 2015), menées par Kumagai, et les Hollandaises, championnes d’Europe en 2017, dont l’attaquante Vivianne Miedema enchaîne les buts.

Corinne Diacre peut s’appuyer sur des joueuses de talent

Pas de surprise à venir pour la défense

La ligne défensive de la formation tricolore devrait être assurée par des joueuses expérimentées, qui évoluent notamment à l’OL. Avec Sarah Bouhaddi aux cages, Wendie Renard, Amel Majori et Driedge Mbock en défense, la base est assurée. Eve Périsset (du PSG) et Marion Torrent (de Montpellier) complèteraient ce dispositif qui a fait ses preuves depuis un certain temps, puisqu’avant la défaite face à l’Allemagne, les Bleues ne s’étaient pas incliné à domicile depuis 23 matchs.

Un milieu de terrain expérimenté

Amandine Henry (capitaine), Grace Geyoro et Elise Bussaglia (183 sélections) devraient occuper le milieu de terrain. D’autres pépites doivent faire leur preuve pour relayer ces joueuses expérimentées.

L’attaque doit être consolidée

Mis à part Eugénie Le Sommer (OL), Kadidiatou Diani (PSG) et Gaëtane Thiney (PFCF), Corinne Diacre doit choisir entre plusieurs joueuses. Cette incertitude peut être la clef d’une victoire, puisqu’on ne connaît pas d’équipes qui gagnent une coupe du monde sans une attaque de choc.

Si Corinne Diacre ne veut pas s’avancer sur une possible victoire, elle reste confiante en ses joueuses. A elle de savoir les mener jusqu’au bout tout en configurant la meilleure formation possible.

Ce sera en France : l’espoir de gagner

Les Bleus n’avaient pas gagné de Coupe de Monde avant que leur pays en accueille une sur son sol, en 1998 : ce fut une libération. Les Bleues pourraient recréer, 20 ans après ce premier sacre, et 1 an après la réussite de leurs frères, la même liesse populaire. Elles ont évité des pays coriaces dans leur phase de poule : encore faudra-t-il sûrement vaincre dès les quarts de finale les Américaines.

Une situation représentative du sport féminin en France

Si la Coupe du Monde éveille tant de questions, c’est que la situation du football féminin en France est emblématique de tout le champ sportif. Moins de budget, moins de visibilité, moins de reconnaissance que chez les hommes : les joueuses ont dû se battre pour se voir reconnaître le droit de faire vibrer leur peuple au rythme de leurs passes.
Faut-il encore se rappeler cette phrase de Pierre de Coubertin, pourtant un des plus grands promoteurs de la pratique sportive que l’Histoire ait connu, qui disait en 1912 : « Une Olympiade femelle serait impratique, inintéressante, inesthétique et incorrecte » ? Longtemps, et encore aujourd’hui, la culture française donne plus d’importance au sport masculin que féminin, n’en témoignent que le nombre d’inscrits dans les clubs de football féminins.
Il aura tout d’abord fallu une visibilité médiatique pour recruter plus de licenciées, et possiblement des talents qui peuvent renforcer les chances de victoire pour la France. La retransmission de la Coupe du monde féminine de 2015 permet de passer de 75 000 à 100 000 licenciées, en un an.
Ici, il faut rendre hommage à l’action de Noël Le Graët, qui, arrivé à la FFF en 2011, œuvre pour la féminisation du football, à coups d’incitations budgétaires. Les grands clubs se laisseront finalement tenter, en fusionnant avec les petits. Cette image de marque redonnée au football féminin, qui reste adossé au football masculin, faute de budget, permet à de grandes équipes françaises de se former et bientôt de dominer l’Europe (OL, PSG). Les investissements augmentent, les clubs mettent l’accent sur la formation des joueuses, la communication s’adresse aux deux genres, les postes clefs des fédérations s’ouvrent aux femmes, les chaînes de TV croient en le potentiel économique du sport féminin.
Aucun doute alors, la modernisation du football féminin en ligue 1 et ligue 2 en France a permis à nos Bleues de monter en puissance et de faire gagner en notoriété leur sport parmi la population. Autant de facteurs qui, à long-terme, favorisent les chances de se hisser à la tête du classement Fifa, alors qu’on espère bien une victoire dès 2019 en Coupe du Monde.

Crédit photo à la Une : Ailura