C’est un langage universel qui casse les préjugés et crée des ponts au lieu de bâtir des murs. Dans la crise des migrants que traverse l’Europe, le sport a un rôle à jouer. Certains l’ont bien compris. En France, en Belgique ou en Allemagne, plusieurs clubs et fédérations se sont engagés sur ce terrain.

Depuis la route au milieu du bois de Vincennes, résonnent des vivats joyeux qui donnent envie de s’approcher. Au milieu du terrain ovale, caractéristique du cricket, deux équipes aux maillots fluo s’affrontent. En vert, l’équipe du France Gymkhana (FGK) de Gonesse, en rose et bleu, celle du Saint-Omer Cricket All Stars (SOCCS). Ce match est inédit à plus d’un titre. L’équipe des SOCCS, composée quasi-exclusivement de réfugiés, joue là sa première rencontre officielle, en coupe de France qui plus est.

Un beau parcours pour ce club, né il y a quelques mois seulement de la volonté de deux amis qui ont choisi de ne pas se détourner du regard des réfugiés mais de les aider. Christophe Silvie, entrepreneur dans le secteur de l’ambulance à Saint-Omer dans le Pas-de-Calais et président des SOCCS raconte : « Je voyais souvent ces jeunes jouer au cricket dans le parc communal. Et puis un jour, en faisant mon footing, une balle a roulé à mes pieds. Ce fut l’occasion de faire connaissance. Nous avons discuté, je suis parti. Et puis j’ai fait demi-tour. Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose pour ces jeunes. » C’est-à-dire leur offrir un club et du matériel dignes de ce nom. Et, pourquoi pas, un terrain, pour jouer correctement au cricket, le deuxième sport le plus pratiqué au monde.
À partir de cette envie, le projet s’est structuré. En novembre 2016, les statuts du club ont été déposés. Puis, tous les joueurs de l’équipe ont obtenu leur licence, des sponsors ont rejoint l’aventure et le club s’est inscrit au championnat interrégional des Hauts-de-France, et à la coupe de France donc. Le club peut même s’enorgueillir d’avoir gagné son premier match amical organisé par les clubs de Lille et de Valenciennes en octobre 2016.

Second pays

Pour Javed Ahmadzai, ce club est un peu un désir devenu réalité. Originaire de la province afghane de Logar, le trentenaire a quitté son pays, il y a onze ans, menacé par la guerre. Il souhaitait alors rejoindre l’Angleterre pour y jouer au cricket, un sport aussi populaire en Afghanistan que le football l’est en France. Il s’est finalement résolu à rester dans son pays hôte, à la faveur de belles rencontres. Pendant plusieurs années, il n’a pas pu jouer, jusqu’à ce qu’il trouve des coéquipiers avec qui s’adonner à sa passion. Aujourd’hui, il est le fier capitaine des SOCCS. « Le cricket c’est mon rêve. Si le cricket pouvait se manger, j’en mangerais tous les jours », s’amuse-t-il dans un large sourire qui illumine ses yeux translucides. « Je veux redonner à la France ce qu’elle m’a donné. J’ai beaucoup de respect pour ce pays. C’est mon deuxième pays. »

Comme Javed, de nombreux réfugiés ont vocation à rester en France pour y démarrer une deuxième vie. Mais le processus d’intégration de ces populations s’avère complexe. Ils doivent s’adapter à une nouvelle culture, de nouveaux codes sociaux, souvent une nouvelle langue, rechercher un emploi, un logement, etc. D’où la nécessité de favoriser leur insertion dans le pays hôte. En cela, « le club est un

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