Football Leaks : ce qu’il faut retenir des révélations

Le monde du football avait tremblé lors de la première saison des Football Leaks, ces fuites de documents confidentiels que le journal allemand Der Spiegel s’était procuré et avait traité avec des médias européens, en décembre 2018. Le 2 novembre 2018, le média français Médiapart a lancé officiellement la deuxième saison des Football Leaks après de nouvelles révélations de son homologue allemand et de l’European Investigative Collaborations, ce trust médiatique européen.
Fichage ethnique au PSG, maquillages financiers par l’UEFA, salaires mirobolants de joueurs français, dopage, mafia, exil fiscal : voici ce qu’il faut retenir de cette affaire sans précédent dans la sphère du ballon rond.

Le PSG au centre de plusieurs scandales

Le premier club de Ligue 1 est mis en cause dans plusieurs affaires soulevées par Mediapart. Il aurait tout profité d’un « dopage financier » pour gonfler ses revenus propres, et respecter en apparence les injonctions du fair-play financier de l’UEFA (cette norme qui interdit aux clubs de dépenser plus que ce qu’ils ne gagnent en propre). Selon le site d’investigation, le club aurait ainsi eu recours à un contrat fictif de 215 millions par an, sur cinq ans, avec l’Office du tourisme du Qatar. L’UEFA avait missionné des cabinets d’audit, Repucom et Octagon, qui ont évalué ces contrats à… 123 000 euros et 2,8 millions d’euros respectivement !

L’affaire ne s’arrête pas là, puisque l’UEFA aurait contribué à maquiller les comptes du PSG en la personne de Gianno Infantino (numéro 2 à l’époque de la présidence Platini). Seuls 20 millions d’amende ont été demandés sur les 60 millions exigés au départ par l’UEFA en 2014. Ce sont les interventions personnelles de Platini et Infantino qui auraient couvert le club français. Ils auraient également agi de la sorte pour Manchester City, et Médiapart accuse l’UEFA d’avoir blanchi 6 milliards d’euros en cash injectés dans les clubs. Dans l’affaire de Manchester City, ce sont Marc Ingla et Gérard Lopez, les dirigeants du LOSC, qui étaient à la manœuvre avec le président des Citizens. Le même fonctionnement qu’au PSG avait cours : le Président du club aurait financé directement les sponsors, ce qui est contraire au fair-play financier.
Avec le dévoilement de cette affaire, la chambre d’instruction de l’UEFA a demandé au club le non renouvellement du contrat avec l’Office du tourisme du Qatar à son expiration en 2019, ce qui laisse 300 millions d’euros à trouver. Le PSG a répondu s’être « toujours strictement conformé aux lois et réglementations en vigueur et dément fermement les allégations publiées ce jour par Mediapart ».

Des fichages ethniques au centre de recrutement

Médiapart a enfoncé le clou en dénonçant des pratiques de fichage technique des joueurs, avec un système de notation (par exemple BC pour blanc ou AS pour asiatique). Cette classification était utilisée par les centres nationaux et franciliens de recrutement du club, dont les responsables respectifs, Marc Westerloppe et Pierre Reynaud, ont été condamnés à 5 000 euros avec sursis le 22 janvier dernier, par la LFP. Le club a dû lui payer une amende de 100 000 euros.
Une enquête a été aussi ouverte par le parquet de Paris.

MBappé, Neymar : des footballeurs avides d’argent ?

Cela avait un des pierres de touche de la première volée de révélations en 2016 : les attaquants du PSG Pastore et Di Maria touchaient l’argent de leurs sponsors dans des paradis fiscaux, tout comme Cristiano Ronaldo ou son entraîneur Mourinho. L’argent transitait via la société financière Doyen, dont les ramifications douteuses ont soulevé de nombreuses questions.

Médiapart a révélé dans la 2e édition les demandes faites par le clan de Kylian Mbappé lors des tractations avec le Paris-Saint-Germain, avant son transfert. Celui-ci exigeait en effet un salaire net d’impôt de 55 millions d’euros sur 5 ans, ce qui représente une somme considérable pour le club en y rajoutant les impôts. Pour l’EIC, le PSG doit ainsi aligner 31 millions d’euros annuels pour le seul salaire de Mbappé. Pour Médiapart, il faut compter 60 millions annuels en prenant en compte l’amortissement du transfert.

Au départ des négociations, Mbappé aurait demandé en 2017 à l’AS Monaco de lui verser un salaire de 8 millions par an ainsi que de lui payer ses taxes. Dans les négociations qui ont eu lieu entre le clan M’Bappé, le PSG et le Real de Madrid, qui souhaitait absolument acquérir la pépite française, les demandes du joueur français ont été très importantes, ce qui a finalement mené à son transfert pour 180 millions d’euros au PSG. 5% auraient été versés à l’agent de Cristiano Ronaldo, Jorge Mendes, impliqué dans le scandale Doyen.

Le jeune attaquant tricolore a cependant nié avoir demandé que les clubs paient ses taxes. Pour lui, tout aurait été légal et régulier dans la phase de négociation.

Les Football Leaks se sont aussi penché sur le cas de Neymar, pour qui le PSG paie 30 millions annuels de rémunération et 24,7 millions d’impôts et de cotisations. Ils soulignent la situation fiscale peu claire de son père et agent dont les sociétés Neymar Senior engrangent plusieurs millions annuels pour un revenu de 3500 mensuels en 2016. Le footballeur a aussi été soupçonné par son propre club de travail dissimulé fin octobre 2017 lorsqu’il a fait venir son physiothérapeute et son coach personnel sans contrat de travail.

Finalement, ce sont plusieurs dizaines de négociations et de renégociations de contrats qui sont révélées par Mediapart (Traoré, Marçal, Kenny Tete, Silva, Nastasic etc.). Ces documents rajoutent de l’huile sur le feu du débat des rémunérations des footballeurs.

Le lanceur d’alerte Rui Pinto va être extradé au Portugal

Il était à l’origine de cette fuite inédite de plusieurs millions de mails et documents confidentiels. « John », alias le hacker portugais Rui Pinto, va bien être extradé au Portugal, qui l’accuse de vol de données et de tentative d’extorsion aggravée. La cour d’appel hongroise a confirmé cette extradition, bien que son avocat français William Bourdon ait plaidé une action totalement désintéressée et surtout une perte d’information cruciale pour les parquets des différents pays européens penchés sur les scandales mis au grand jour.

Âgé de 30 ans, le hacker avait été arrêté à Budapest par la police hongroise le 16 janvier dernier, alors que le Portugal avait émis un mandat d’arrêt européen. Il a remis au magazine allemand Der Spiegel 70 millions de documents, c’est-à-dire 3,4 téraoctets de données. Ces documents ont été examinés par les parquets des principaux pays concernés, dont la France.

Ces points saillants et représentatifs des dizaines d’affaires ou de process, pas toujours frauduleux, dévoilés par le consortium médiatique, ne doivent pas cacher les autres soupçons de fraude fiscale, de conflits d’intérêt, de rémunérations monstrueuses ou de liens mafieux (comme le ballon d’or Luka Modric). Ils doivent aussi être contrebalancés par des comportements exemplaires de certains sportifs comme N’Golo Kanté. Cette affaire est donc bien triste pour tous les amoureux de ce sport et contribue à dégrader son image.