ban_Bodyfitness

Le dépassement budgétaire est presque devenu une épreuve olympique. La devise des Jeux pourrait être « plus cher, plus grand, plus onéreux » tant le gigantisme s’est imposé. L’économiste français Wladimir Andreff décrypte les raisons de ces dérives budgétaires rendues inévitables par le mécanisme d’attribution des Jeux. La candidature de Paris échappera-t-elle à la règle ?

Dans vos différents travaux sur les coûts des Jeux olympiques, il apparaît que les dépassements de budget ont été pratiquement systématiques ces quarante dernières années. Comment expliquer une telle dérive ?
Les dépenses des villes candidates sont invérifiables, car chacune avance ses propres chiffres. Une fois qu’une ville candidate est élue, le Comité international olympique (CIO) essaie de commencer à contrôler. Il regarde les coûts d’opération du Comité d’organisation des jeux olympiques (COJO). En général, sur ces coûts, il n’y a pas de déficit, ou il est très faible. Car le CIO ne le souhaite pas : c’est lui qui perd de l’argent dans ce cas-là. Ensuite, il y a les coûts des équipements sportifs olympiques. Là-dessus, le CIO a des exigences, et une ville qui ne remplirait pas ses exigences ne sera pas choisie comme ville-hôte. Les villes sont obligées de mettre tous les équipements olympiques dans leurs dossiers et pour essayer de se faire élire, elles mettent en avant de beaux équipements. Elles font une surenchère à la beauté ou la qualité de leurs équipements mais essaient de cacher que cela va coûter très, très cher. Et l’essentiel des coûts concerne des infrastructures non sportives. Par exemple, à Sotchi, la réalisation d’une voie de chemin de fer d’une cinquantaine de kilomètres qui reliait la mer Noire aux stations de ski.

Le budget avancé dans la candidature est-il un critère de choix ?
En règle générale, ce n’est pas la candidature la moins chère qui est votée. Et le plus souvent, c’est la plus chère qui est votée, la plus clinquante, la plus fantastique, celle qui fait rêver. C’est humain que les membres du CIO souhaitent avoir les plus beaux Jeux possibles. Mais le problème, c’est que cela embarque une ville candidate dans un processus automatique de dépassement des coûts. Car, en tant que candidate, elle va cacher une partie de ses coûts, ou les faire apparaître les plus faibles possible. Et le jour où elle passe de candidate à hôte, ce sont les vrais coûts qui vont apparaître. Voire des coûts encore plus élevés car si on veut faire une route ou une liaison ferroviaire plus vite que prévu, cela va faire monter l’addition.

  •  
  •  
  •