Depuis son émergence sur la scène internationale dans les années 1980 jusqu’à son triomphe aux Jeux olympiques de Pékin en 2008, l’Empire du Milieu ne cesse d’alimenter les fantasmes autour de sa politique sportive. Usine à champions pour certains, concept impitoyable pour d’autres, le sport chinois ne laisse pas indifférent. L’Enquête Sport vous dévoile les méthodes du modèle chinois.

Zhang Shangwu. Ce nom ne vous dit peut-être rien et pourtant, l’histoire de cet ancien gymnaste chinois a défrayé la chronique il y a quelques années. Finaliste des championnats du monde en 2001 avec l’équipe nationale, Zhang remporte la même année deux médailles d’or aux mondiaux universitaires disputés chez lui, à Pékin. Pas encore le Graal mais la promesse d’une belle carrière pour cet athlète âgé alors de 18 ans. C’était sans compter sur les aléas du sport de haut niveau et une rupture du tendon d’Achille contractée juste avant les sélections pour les Jeux olympiques d’Athènes en 2004. Une blessure qui sonna le glas de sa carrière et le début d’une longue dégringolade pour le gymnaste. Totalement isolé, sans ressource financière ni bagage scolaire – il se vit même refusé l’accès à l’Université des sports de Pékin – Zhang Shangwu sombra peu à peu dans la pauvreté et la délinquance. Arrêté pour vol puis condamné, il fit un passage par la case prison en 2007 puis se retrouva à jouer les acrobates dans les rues de la capitale chinoise pour quelques yuans.

Son histoire est devenue le symbole de ces sportifs passés du statut de champion à celui de victime d’un système abandonnant les perdants. « En Chine beaucoup d’athlètes subissent le même sort que moi. Je peux m’estimer chanceux que les médias et la société aient rendu public ma situation », expliquait-il alors. Son cas est loin d’être isolé. Autre discipline mais même trajectoire pour Ai Dongmei, ancienne gloire du marathon. Alors que le gouvernement chinois avait mis tous ses espoirs en elle pour l’épreuve de marathon des Jeux olympiques de Pékin, l’athlète est contrainte de prendre sa retraite anticipée, les pieds déformés par le surentraînement. Son ancien entraîneur l’obligeait à parcourir 60 kilomètres par jour malgré ses blessures, alors même que les médecins lui avaient recommandé un repos total. Sa vie de sportive derrière elle, abandonnée par les responsables fédéraux, Ai Dongmei en a été réduite à vendre ses médailles pour survivre. « Si un de mes enfants me disait qu’il veut se lancer dans l’athlétisme, je préférerais lui briser les jambes plutôt que de le laisser faire », lâchait-elle à l’époque dans le quotidien espagnol El Mundo.

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