En moins de quinze ans, l’émirat du Golfe a bouleversé la face du sport mondial. Organisation de prestigieuses compétitions internationales, recrutement d’athlètes étrangers à prix d’or, investissement massif dans le sport. Le Qatar a fait du sport l’un des axes de sa diplomatie.

Un nouvel indicateur économique semble devoir s’imposer pour le Qatar. Les investissements massifs de ce pays dans le domaine du sport, le football en particulier, pourraient inciter les économistes à créer le produit intérieur but qui mettrait en parallèle la quantité d’argent investie par un pays organisateur d’une Coupe du monde de football avec le nombre de buts inscrits par son équipe nationale dans cette compétition. Et le Qatar, qui accueillera l’édition en 2022, ne devrait pas avoir de mal à terminer en tête des pays les plus dépensiers. Car, selon un rapport du cabinet Deloitte, il devrait débourser plus de 150 milliards d’euros pour organiser cette compétition sportive. Ce chiffre faramineux comprend certes de très importants projets d’infrastructure dans différents domaines comme les transports routiers, les télécommunications ou le traitement des eaux. Mais la facture finale sera de toute façon bien plus élevée que celle de la dernière Coupe du monde organisée au Brésil en 2014, dont le coût final est estimé à 11 milliards d’euros.

Pour le troisième pays producteur mondial d’hydrocarbures, ces sommes folles ne semblent pas vraiment problématiques. Depuis une quarantaine d’années, les richesses du Qatar s’envolent littéralement grâce à d’immenses réserves de gaz et de pétrole. Elles ont permis à ce pays de pointer l’année dernière à la troisième place du classement mondial des pays en matière de produit intérieur brut par habitant. Un ratio logiquement favorable pour cet émirat qui ne compte que 2, 2 millions d’habitants. A la 19e place de cette même liste se trouve un pays voisin, les Emirats arabes unis. Ces deux nations ont en commun de partager d’avoir obtenu leur indépendance la même année, en 1971, à quelques mois d’écart. C’est également le cas du Bahreïn, les indépendances de ces trois nations ayant découlé de l’abandon quelques années plus tôt par le Royaume-Uni des relations de protectorat avec les principautés du Golfe. Et ces états indépendants ont ensuite connu des rythmes de développement différents, en fonction de leurs richesses énergétiques et de leurs structures nationales. « Le Qatar est le dernier pays à être devenu riche dans le Golfe », explique le journaliste Christian Chesnot, co-auteur de l’ouvrage « Qatar, les secrets du coffre-fort ». « Quand Hamad al-Thani prend le pouvoir en 1995, il a à sa disposition un immense trésor de gaz. L’idée est alors de l’exploiter en donnant de la visibilité au Qatar. Il commence par créer la chaîne de télévision internationale Al-Jazira. Et il voit rapidement le sport comme un filon utile : c’est apolitique, consensuel et cela permet de rayonner. Les ambitions sportives commencent ainsi », ajoute Christian Chesnot.

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