De plus en plus violent, de plus en plus physique, le rugby fait face un véritable fléau : les commotions cérébrales. Un danger qui met en péril la santé des joueurs. Depuis quatre ans, les instances du rugby ont mis en place un protocole « commotion ». Une garantie pas toujours efficace devant les pressions en tout genre.

Ce samedi 13 février, l’Irlande affronte les Bleus sous une pluie battante et sur la pelouse gorgée d’eau du Stade de France. La ferveur du Tournoi des Six Nations fait frissonner les amoureux du rugby dès l’Ireland’s Call, l’hymne du XV du Trèfle. Les caméras de France Télévisions balayent de gauche à droite les 23 Irlandais alignés « shoulder to shoulder » qui chantent, les regards perdus dans les hauteurs. Parmi eux, la star de l’équipe. Jonathan Sexton est là, titulaire. Toute la semaine, la presse irlandaise s’est inquiétée de la santé de son demi d’ouverture, conseillant vivement à Joe Schmidt, l’entraîneur de la sélection, de ne pas faire débuter leur « Jonny ».

Pourquoi ? La semaine précédente, Sexton a terminé à la limite du soutenable. Dans la semaine, il ne s’en était même pas caché, avouant devant la presse : « J’ai pris un choc sur le dessus de la tête et j’ai ressenti des douleurs aux cervicales. J’étais endolori ces derniers jours, mais ça va très bien maintenant, je suis prêt à jouer. Je vous assure, je suis en forme. » Peu convaincant pour les journalistes.

Il faut dire que les commotions du joueur ne se comptent désormais plus sur les dix doigts des deux mains. Rien que lors de sa saison au Racing Métro (2013-2014), l’ouvreur a quitté à quatre reprises les terrains suite à des chocs à la tête obligeant le neurologue Jean-François Chermann à l’écarter du pré pendant douze semaines. Ce spécialiste des commotions cérébrales suit de nombreux sportifs de haut niveau depuis près de dix ans : « Quatre commotions en six mois, ce sont des traumatismes réels pour le cerveau qu’il faut alors mettre au repos de tout contact. Il avait des signes post-commotionnels, il ne fallait pas prendre de risque », explique Chermann, consultant pour le Stade Français et le Racing Métro, mais totalement indépendant dans ses décisions. De retour au Leinster, Sexton continue de subir régulièrement des commotions. Le 23 janvier dernier, c’est contre les Wasps que l’Irlandais sort, à la 8ème minute du match. Pris en charge par les soigneurs, il cherche tout de même à se relever et se replace dans le rideau défensif. Un dernier plaquage et Sexton quitte alors définitivement la pelouse. Alors, quelques jours avant le France-Irlande, quand Schmidt a annoncé son XV de départ et que Jonathan Sexton était bel et bien l’ouvreur titulaire, la presse a explosé. Dans l’Irish Independant, le journaliste George Hook s’emporte : « Quel prix est-il prêt à payer pour sa santé future ? Combien d’autres chocs à la tête est-il prêt à encaisser au nom du professionnalisme ? Peut-être est-il temps pour lui de quitter le rugby tant que ses facultés intellectuelles sont intactes ! »

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