Une semaine après la session extraordinaire du CIO à Lausanne, et quelques semaines avant de connaître la ville-hôte des Jeux 2024, nous avons échangé avec Carole Gomez pour décrypter la dernière ligne droite du match Paris-Los Angeles.

Carole Gomez est chercheuse à l’IRIS, chargée des questions liées à l’impact du sport sur les relations internationales. Ainsi, elle est spécialisée dans les concepts de diplomatie sportive, d’intégrité et de réforme de la gouvernance sportive.

Quelle analyse faire de la ratification de la double-attribution des Jeux 2024 et 2028 ?

A l’origine, la double-attribution a germée dans l’esprit de Thomas Bach, le président du CIO, à la fin d’année 2016, sans pour autant être relevée par les villes candidates. Après le retrait de Budapest puis Rome, il ne restait plus que Paris et Los Angeles. La volonté du CIO était donc de ne désigner que des vainqueurs, et de récompenser deux excellentes candidatures. C’est également le moyen de se sécuriser en attribuant les Jeux à des hôtes de qualité. Il ne faut pas non plus oublier que les désistements des villes candidates sont de plus en plus fréquents dans la course à l’attribution des Jeux, et la dernière mesure du CIO permet de s’assurer les deux prochaines olympiades. Le souvenir de la course aux Jeux d’hiver 2022, remporté par Pékin, a laissé des traces : cinq villes s’étaient alors retirées…

Paris a-t-elle une longueur d’avance sur Los Angeles ?

Tout n’est pas joué d’avance. La dernière session du CIO n’entérine pas l’attribution des Jeux 2024 à Paris, les négociations entre la capitale française, Los Angeles et le CIO allant se poursuivre cet été. Le match n’est pas terminé, il serait trop présomptueux de déclarer la France gagnante dès aujourd’hui.

“Lima signera la fin du match”

 

Avec les négociations qui aboutiront sûrement à un accord tripartite dès cet été, on connaitra la ville-hôte pour 2024 avant le 13 septembre. Le rendez-vous de Lima ne perd-il pas de l’importance ?

Lima gravera dans le marbre les vainqueurs pour 2024 et 2028, il aura un caractère officiel. Certes, le suspens sera moins important car il n’y aura pas de perdant. Mais, d’ici là, on sera dans une phase d’accompagnement très importante puisque Paris laisse entendre qu’elle ne peut pas attendre jusqu’en 2028 : les infrastructures et les coûts financiers, entre autres, ne seront pas les mêmes que pour 2024. Lima signera donc la fin définitive de ce long match.

La présence d’Emmanuel Macron a-t-elle eu un réel poids à Lausanne ?

Il faut prendre le problème à l’inverse. La question n’est pas tant de savoir si le président a fait gagner des voix à Paris mais s’il n’en a pas fait perdre. Et la présence remarquée d’Emmanuel Macron à Lausanne n’a pas fait perdre de voix à la candidature parisienne. Elle a démontré la volonté du chef d’Etat d’organiser ces Jeux en illustrant une unité de soutien et de support. Contrairement à la candidature de Paris 2012, où la communication était divisée et chaque représentant du projet suivait son propre agenda, celle de Paris 2024 offre une union entre les hautes sphères du pouvoir, le pôle sportif, la mairie de la capitale et les différentes associations. Le projet prend en compte le long terme, et c’est exactement ce que recherche le CIO.

 Et, à l’inverse, l’absence de Donald Trump est-elle pénalisante pour Los Angeles ?

L’impact de cette absence n’est pas sûr et définitif. Donald Trump n’était pas favorable du tout à la candidature de LA lors de sa campagne électorale. Depuis, il semble s’être converti à l’idée et a réaffirmé son soutien au projet. Le maire démocrate de Los Angeles est très investi et prend beaucoup de place dans la candidature de sa ville.

  •  
  •  
  •