JO de Paris 2024 : la note financière déjà en train de monter ?

Le 13 septembre 2017, Paris était officiellement désignée par le Comité international olympique (CIO) pour organiser la 33e édition des Jeux Olympiques en 2024. L’accord était trouvé après une âpre négociation avec les États-Unis, dont la ville de Los Angeles était aussi en course (elle accueillera les JO de 2028). C’est en se justifiant d’un budget raisonnable de 6,8 milliards d’euros du fait de la présence de 95% des infrastructures dans la région francilienne que la capitale française s’était démarquée de ses concurrents. Des Jeux Olympiques sobres, en quelque sorte. Mais en mars 2018, un comité d’expert s’inquiète d’un possible dépassement de la facture. Explications.

Un budget sobre, élément clef de la candidature de Paris 2024

Il est sans conteste que le budget proposé par la ville de Paris au CIO était un des arguments majeurs de sa prépondérance progressive sur ses concurrents (Rome, Budapest, Hambourg). 6,8 milliards d’euros, soit 4 milliards de moins que l’édition programmée en 2020 à Tokyo, dont le coût provoque un tollé général dans l’opinion publique, et que certains spécialistes comme Andrew Zimbalist évaluent plutôt à 17,6 milliards d’euros ! Un budget pourtant dérisoire à côté des 40 milliards d’euros des Jeux Olympiques d’été de Pékin en 2008 et des 37 milliards d’euros pour les JO d’hiver à Sotchi en 2014. C’est pourquoi les responsables français de l’organisation des JO 2024, en premier lieu desquels la maire de Paris, Anne Hidalgo, ont assuré vouloir contenir tout dérapage budgétaire.

Sur ces 6,8 milliards d’euros prévus, la moitié, qui correspond aux dépenses d’organisation, doit être prise en charge par le comité d’organisation, grâce aux recettes publicitaires et aux entrées. Les 3,3 milliards de reste à charge sont les dépenses en infrastructure. Or, c’est ici que Paris a convaincu le CIO : la quasi-totalité des infrastructures sont déjà présentes dans la capitale et ses alentours. Ne manquent que la rénovation, prévue avant la candidature, d’installations sportives déjà existantes (comme Roland-Garros ou Paris-Bercy), la construction des quelques équipements sportifs manquants (un centre aquatique et une arène de basketball et de lutte), et l’érection du village olympique.

Le choix d’investissements durables

Rendre cette dépense publique importante durable : tel était le mot d’ordre du dossier de candidature de Paris. Ainsi, le projet de construction du village olympique, budgété à 1,5 milliards d’euros, doit prévoir de rendre ces logements pérennes (ils serviront à combler le manque de logements en Île-de-France). La ligne budgétaire de 200 millions d’euros affectée à la mise aux normes des équipements pour les personnes handicapées sera également durable.

La peur du dépassement budgétaire

Le projet bien ficelé semble donc convaincant. Mais dès mars 2018 , un rapport conjoint de l’IGF (inspection des finances), de l’Igjs (inspection de la jeunesse et des sports) et du Conseil général de l’environnement dénonce un dépassement du budget à venir. Plusieurs éléments sont responsables de ce dérapage financier estimé à près de 500 millions d’euros.

Tout d’abord, le site aquatique à Saint-Denis, un des équipements purement sportifs à ériger, avait été budgété à 130 millions d’euros. Le rapport réévalue ce coût à plus du double, en raison des conflits d’usage et de l’ambition trop élevée de certains élus locaux. D’ailleurs, le site aquatique ne serait pas rentable (le rapport estime à 500 000 euros annuels son déficit), une fois les JO terminés. S’ajoutent 25 millions de déficit pour l’aménagement de la Plaine Saulnier.

Deuxième poste budgétaire problématique : le village des médias et le cluster olympique du Bourget. Le site serait surdimensionné pour les inspecteurs, qui recommandent une large série d’économies (notamment sur les terrains de sports, ou sur le nombre de lits à construire, qui devrait passer de 1500 à 500).

Enfin, le Village olympique et paralympique, qui soulève moults difficultés (notamment le relogement de travailleurs migrants, la présence d’un lycée mais surtout la haute probabilité de fouilles archéologiques). Le calendrier prévoit la réalisation des travaux en à peine 6 ans, alors que le délai habituel est de 10 ans, soit un risque très élevé. Les auteurs du rapport préconisent alors de ne pas enfouir les lignes à haute tension.

Une réussite qui dépend d’autres aménagements cruciaux

Ces sous-évaluations des coûts d’aménagement ne sont pas les seules sources de risque pour le rapport commun à trois ministères (Sports, Comptes publics, Cohésion sociale). En effet, le dossier de Paris 2024 s’appuie sur la réalisation à temps du Grand Paris Express, notamment de la ligne 14 (qui irait jusqu’à Saint-Denis Pleyel) et des lignes 16 et 17 (pour relier Saint-Denis Pleyel avec le Bourget RER). Un surcoût de 109 millions d’euros est aussi prévu pour l’aménagement des Voies Olympiques, ces voies réservées aux personnes accréditées pour se déplacer plus rapidement.

La réponse ne s’est pas fait tarder par les organisateurs et par les pouvoirs publics, dès juin 2018. Le budget se devait d’être tenu pour le Premier ministre, et des retouches ont été apportées aux projets. Ainsi, le centre aquatique a été redimensionné, pour coûter moins cher et être moins grand. Deux bassins et 5000 places tout de même, pour 90 millions d’euros d’argent public injecté, mais des tribunes éphémères de 15000 places à prévoir, et des bassins d’entraînement démontables. De même, le terrain de badminton qui devait être construit au Bourget ne sera pas construit, rapatrié à Paris, tandis que le volley se jouera sur les terrains de badminton déjà construits.

Les JO en valent-ils la peine ?


Finalement, c’est bien cette question qui se pose aux amateurs de sport français qui sont également des contribuables et donc des financeurs de cet événement coûteux dont les risques de dérapage budgétaires sont incessants.

Les coûts des JO sont toujours sous-évalués

Pour Wladimir Andreff., qui est économiste à Paris-1, il y a toujours une sous-évaluation du prix de l’organisation des JO. Tout d’abord, les coûts en sécurité sont considérables, puisqu’il faut déjouer en particulier les risques d’attentat terroriste. Ensuite, les prix de construction et les coûts fonciers peuvent être mésestimés et ne prennent pas en compte leur évolution possible dans le temps. Enfin, les coûts initiaux sont toujours annoncés à la baisse pour rester dans la course à l’investiture.

Une fierté nationale qui se paie cher

Pourquoi donc s’entêter à organiser de tels coûts ? Si les gains économiques annoncés seraient de 5 à 10 milliards d’euros, pour l’économiste, ils sont presque nuls. En outre, le gain touristique ne serait pas énorme à Paris, qui est déjà une destination ultra-prisée par les étrangers.

C’est que d’autres bénéfices rentrent en jeux : social, bien-être collectif, fierté nationale. Les JO 2024 seront aussi l’occasion et le moteur de transformations en profondeur de l’image de la ville, en particulier pour les infrastructures de transport. De quoi motiver les dirigeants politiques, et rassurer les Français ?

Crédit Photo à la Une : Chabe01