C’est quoi les expected goals ?

Dans le petit monde du football, une nouvelle expression est apparue ces derniers temps : les “expected goals”. Que veut dire ce terme barbare ? Que raconte-t-il ? On vous explique tout, avec tout d’abord la définition théorique, puis un cas pratique d’analyse d’une équipe en fonction de ses expected goals.

Définition des expected goals

Une bonne définition qu’on a pu trouver sur internet nous vient du site de la BBC :

Les “expected goals” sont une donnée qui donne une valeur à chaque tir au but, et qui répond principalement à la question de savoir si un joueur aurait dû marquer en fonction de l’occasion qu’il a eu. En résumé, c’est une façon de donner une valeur qualitative à chaque frappe, basée sur ce que l’on sait à propos de cette frappe.

BBC

Le modèle se base donc sur l’étude d’un très grand nombre de situations de jeu, à partir de l’analyse de milliers de tirs au but. Selon la réussite des tirs, on donne donc une probabilité à chaque frappe de réussir à atteindre la cible.

Plusieurs paramètres sont pris en compte pour calculer un tir :

  • L’endroit où est effectuée la frappe
  • La partie du corps utilisée (tête ou pied)
  • La passe ou l’enchaînement qui a amené le tir (centre, passe, ballon perdu par la défense)
  • La situation (attaque placée, contre attaque, coup de pied arrêté)

A quoi sert cette statistique ?

La lecture du score brut d’un match peut être trompeuse. Prenons l’exemple du match de Ligue 1 Rennes-Nantes du 11 novembre 2018. Ce jour-là, les deux équipes se séparent sur un match nul 1-1. L’ouverture du score rennaise est signée Jakob Johansson, et l’égalisation nantaise est l’oeuvre de l’inévitable Emiliano Sala.

Ce que ne dit pas le score, c’est que le Stade Rennais s’est largement procuré les meilleurs opportunités selon le site understat. Au niveau des expected goals, le score est de 1,88 à 0,18. Autrement dit, avec les frappes effectuées, les coéquipiers de Clément Grenier auraient pu marquer deux buts avec un poil de réussite. De son côté, Emiliano Sala a été d’une efficacité diabolique puisqu’il transforme un 0,18 xG en but. Le tir égalisateur de l’Argentin pointe même à un faible 0,02 xG. Autant dire que les chances de marquer étaient quasi nulle sur cette frappe. Et pourtant, Sala l’a convertie.

A la lecture de ces statistiques, l’entraîneur rennais d’alors Sabri Lamouchi pouvait pester sur le manque de réussite de son équipe. Tout en se rassurant en se disant qu’en maintenant un niveau similaire, son équipe marquerait plus à l’avenir.

Son homologue nantais a du penser l’exact inverse. Soulagé d’obtenir un point heureux avec ce match nul, mais il pouvait à la fois être inquiet devant la production offensive très insuffisante de son équipe. Sur le long-terme, une telle efficacité ne se représentera sûrement pas.

Cas pratique : l’En Avant de Guingamp, vraiment mauvais offensivement ou en manque de réussite ?

NB : Ici, les stats ont été relevées le 14 décembre 2018.

Les expected goals peuvent donc à fournir une analyse rapide des opportunités créées lors d’une rencontre. Mais ils peuvent aussi servir à analyser une équipe sur le plus long terme. Prenons l’exemple de l’En Avant de Guingamp, dernier de Ligue 1 à l’heure où l’on écrit ces lignes. Le club breton n’a pris que 8 en 17 journées de championnat, a marqué 12 buts (deuxième plus mauvaise attaque) et en a encaissé 34 (pire défense). A quoi est dûe la mauvaise passe guingampaise ? A un grand manque de réussite ou à une équipe dont les performances ne sont que le reflet d’un piètre niveau. Nous allons tenter d’y répondre.

Tout d’abord, analysons le classement de Ligue 1 qu’établi le site Coté Stats basé sur les expected goals. Selon ce classement virtuel, Guingamp devrait tourner à 1,29 points par match, soit un total de 21,93 points. Considérant les occasions qu’il se crée et qu’il concède, l’En Avant de Guingamp devrait donc pointer à la 14ème place du classement de Ligue 1. Guingamp sous-performe donc totalement si l’on compare à ses expected goals.

Intéressons-nous plus particulièrement à son attaque. L’En Avant de Guingamp possède, selon understat, un xG de 17,45. Soit 5,45 de plus que le nombre de buts réellement marqué. Mais peut-on seulement parler de malchance ? Il faut analyser joueur par joueur ces sous-performances. Sommes-nous sur un phénomène passager ou une tendance à vendanger de long-terme ?

On va s’intéresser à 4 des 5 joueurs qui auraient du le plus marquer selon le modèle : Marcus Thuram, Nicolas Benezet, Nolan Roux et Ronny Rodelin (Nathael Julan a un meilleur xG que Rodelin et Coco, mais je n’ai pas trouvé de statistiques disponibles pour ses apparitions en Ligue 2 la saison dernière).

Pour Marcus Thuram, les statistiques sont faussées par sa grande efficacité sur penalty. Il a marqué les 4 penaltys qu’il a tiré. Retirons-les pour n’analyser que sa performance dans le jeu. Et dans ce domaine, le bât blesse. Marcus Thuram est à 3,01xG depuis le début de saison et n’a marqué qu’à deux reprises dans le jeu. Il manque donc un but au fils de Lilian. Ce qui est parfaitement dans la lignée de ses statistiques de l’an passé où il a marqué 3 buts pour un xG de 4,85. Marcus Thuram est donc depuis un an et demi en Ligue 1 et son inefficacité n’est pas simplement passagère. C’est le gros axe de progression pour lui afin de devenir une valeur sûre du championnat.

C’est l’exact inverse pour Nicolas Benezet. 3 buts cette saison alors qu’il n’a un xG que de 2,15. Cela est dans la lignée de ses saisons précédentes. Il surperforme tous les ans depuis son arrivée à Caen en 2014-2015.

De son côté, Nolan Roux a marqué un but (à Gigi Buffon quand même) et a un xG de 1,80. Ses stats sont en chute par rapport à sa saison stratosphérique l’an passé. 15 buts marqués pour un xG de 8,95. Lors des saisons précédentes en Ligue 1, Roux alternait le bon (Lille 2014-2015) et le moins bon (Saint-Etienne entre 2015 et 2017). La carrière de Roux est donc une alternance de moments de réussite total et d’autres moments plus difficiles. Souhaitons lui une meilleure deuxième partie de saison.

Enfin, c’est un peu la même chose pour Ronny Rodelin, en sous-performance cette saison, comme il l’était en 2017-2018 et 2014-2015 alors qu’il avait surperformé avec Caen entre 2015 et 2017.

On voit donc qu’en dehors d’un Benezet régulier dans les bonnes performances, les autres joueurs offensifs sont des habitués des performances délicates. Avec un secteur offensif pareil, les moments de doute n’étaient pas impossibles à anticiper. D’autant plus qu’au mercato d’été 2018, Guingamp a laissé partir ses 3 meilleurs buteurs, tous en surperformance l’an passé : Jimmy Briand, Clément Grenier et Moustapha Diallo. Il est donc clair que Guingamp a affaibli son attaque, en comptant sur la progression de Thuram et sur des recrues historiquement irrégulières. Des paris perdants.

Crédit Photo à la Une : Ciscouf